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La princesse Ubolratana Rajakanya de Thaïlande, en octobre 2017.
La princesse Ubolratana Rajakanya de Thaïlande, en octobre 2017. (PONGMANAT TASIRI / EPA)

Le scénario est digne d’un mélange de Shakespeare et de la série House of Cards, et le film pourrait s’appeler Le roi, la princesse et l’armée. Dernier rebondissement en date, lundi 11 février au matin, avec la commission électorale thaïlandaise qui interdit à la princesse Ubolratana Rajakanya de se présenter aux élections, fin mars. Il s'agit des premières élections libres depuis huit ans dans ce pays grand comme la France. Sur 70 candidatures proposées par les différents partis pour le futur poste de Premier ministre, la commission n’en écarte qu’une seule : la princesse.

Ubolratana, princesse excentrique

Ubolratana, sœur ainée du roi, a provoqué un séisme politique dans le pays vendredi lorsqu'elle a annoncé qu'elle allait mener la liste du principal parti d’opposition, renversé par un coup d’État militaire il y a cinq ans. C’est une figure originale, ancienne chanteuse pop et actrice de cinéma, privée de ses titres de noblesse après avoir épousé un Américain, dont elle a depuis divorcé. 

Quelques heures plus tard, samedi matin, son frère, le roi Maha, contre-attaque, avec un communiqué jugeant cette candidature "hautement inappropriée". Le parti d’opposition qui avait recruté la princesse annonce ensuite qu’il renonce à la présenter. Et la commission électorale met donc fin au film, en affirmant que "les membres de la famille royale se doivent d’être au-dessus de la politique".  

Un effet politique boomerang

Sauf que le film pourrait ne pas en rester là. Mardi 12 février, la commission électorale va se réunir à nouveau, cette fois pour examiner l’interdiction pure et simple du parti d’opposition qui a osé présenter la princesse. Ce parti, le Thai Raksa Chart, allié à l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, risque une interdiction de 10 ans ! Dans ce cas, le candidat des militaires, qui veut garder le pouvoir, aurait toutes les chances de l’emporter fin mars. Ça s’appelle un effet boomerang. Il y a trois jours, l’opposition avait réussi un coup spectaculaire en s’incarnant dans une figure emblématique, presque sacrée, tant la monarchie est vénérée en Thaïlande. Trois jours plus tard, l’opposition est en passe d’être interdite et la junte militaire en passe de se frotter les mains. Incroyable retournement de situation, vraiment digne du feuilleton House of Cards

Rumeurs de putsch

Il y a un autre match en coulisse entre le roi et l’armée parce que le monarque a beau avoir retoqué sa sœur, il n’est pas fan pour autant de la junte militaire au pouvoir. Une junte très répressive, qui pratique la censure, la torture, et les arrestations en série. Le roi Maha, qui a succédé à son père il y a deux ans, cherche à contrôler l’armée et il a pris la main sur les finances de la monarchie. Certains lui prêtent l’intention de s’imposer comme un monarque absolu. On comprend pourquoi sur les réseaux sociaux en Thaïlande, un mot revient sans cesse depuis 24 heures : "coup d’Etat". Cette rumeur d’un nouveau putsch n’est pas absurde : le pays en a déjà connu 12 au cours des 80 dernières années.

Source de l'article : https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/un-monde-d-avance/la-thailande-en-plein-imbroglio-politique-apres-le-rejet-de-la-candidature-de-la-soeur-du-roi_3164101.html#xtor=RSS-3-[monde]
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